Newsletter #8 - Juillet : Pourquoi je conseille le cru en été, et seulement en été

Rédigé le 19/07/2026
Julie Leloup

J'ai oublié de numéroter ma newsletter précédente, donc en parfaite perfectionniste, j'en refais une 😄 et ça tombe bien car j'avais encore des choses à vous dire ! Enjoy, et rdv à l'entracte !

Il y a une phrase que j’entends souvent au mois d’août, toujours dite sur le ton de la confidence : « en ce moment je n’ai pas très faim, je mange surtout des salades et des fruits, c’est mal ? »

Non. C’est même plutôt bon signe. Votre corps fait exactement ce qu’il devrait faire, et il le fait instivement.

Je voudrais vous expliquer pourquoi, parce que c’est l’un des rares moments de l’année où votre physiologie, la saison et l’assiette peuvent s’aligner naturellement. Et pourquoi, dans six mois, je vous dirai exactement l’inverse.

Et ce sujet tombe bien, c’est la deuxième année où en été, je fais une bonne cure d’alimentation à 80% crue de juin à septembre. Dans cette newsletter, vous allez comprendre pourquoi.

Ce que l’Ayurveda avait compris avant tout le monde

En Ayurveda, il existe une notion centrale, l’agni, le feu digestif. C’est la capacité de votre corps à transformer, à assimiler, à faire de l’aliment quelque chose pour vous. En bref, c’est la capacité digestive.

Et voici ce qui surprend presque tout le monde : selon les textes ayurvédiques, l’agni est à son minimum en été. Pas à son maximum.

L’intuition dit le contraire, on imagine que la chaleur active tout. C’est l’inverse qui se produit. Quand il fait très chaud dehors, l’organisme envoie le sang vers la périphérie pour se refroidir, et il le retire de la sphère digestive. Le feu intérieur baisse pendant que le feu extérieur monte. C’est la raison pour laquelle vous n’avez pas faim à midi en plein mois de juillet, et pourquoi un plat mijoté vous paraît soudain impossible à avaler.

L’été appelle donc une alimentation légère, fraîche, riche en eau, rapide à traiter. Pas parce que c’est à la mode, mais parce que c’est ce que le corps peut effectivement digérer à ce moment de l’année.

L’hiver, tout s’inverse. Le froid extérieur ramène le sang vers le centre, l’agni remonte, la digestion devient puissante. C’est le moment des cuissons longues, des soupes, des racines, du gras. Une cure de cru en janvier demande à un corps qui lutte déjà contre le froid de dépenser encore plus d’énergie pour se réchauffer et pour décomposer des fibres crues. Ce n’est pas très judicieux, c’est un stress de plus sur la liste déjà longue de ce qu’on lui fait subir au quotidien.

Voilà pourquoi je ne conseille pas le cru toute l’année.

Ce que la science confirme, et ce qu’elle nuance

Le courant de l’alimentation vivante avance souvent l’argument des enzymes : les aliments crus contiendraient leurs propres enzymes, détruites au-delà de 42 degrés, qui aideraient à les digérer. Pour être honnête avec vous, cet argument est fragile. La majorité de ces enzymes ne survit pas à l’acidité de l’estomac. Donc côté enzymatique, le potentiel est là, mais relativement faible.

Ce qui est en revanche solidement établi, c’est la sensibilité à la chaleur d’une partie de vos micronutriments. La vitamine C, les folates, une grande part des polyphénols et le sulforaphane des crucifères se dégradent nettement à la cuisson. Une salade de chou cru ou de roquette ne vous apporte pas la même chose que la même quantité cuite.

Mais la nuance compte, et elle est amusante : c’est exactement l’inverse pour d’autres nutriments. Le lycopène de la tomate devient bien plus disponible cuit, et le bêta-carotène de la carotte s’absorbe nettement mieux cuit et accompagné d’un corps gras. Aucun des deux camps n’a entièrement raison. C’est la variation qui gagne.

Et puis il y a une enquête menée à l’université de Giessen, en Allemagne, auprès de plus de cinq cents personnes mangeant cru depuis en moyenne près de quatre ans. Résultats : une perte de poids marquée, mais aussi une proportion importante de femmes de moins de 45 ans qui voyaient leurs cycles s’espacer ou s’arrêter.

C’est un “détail” à ne pas laisser sous le paillasson. C’est la démonstration clinique que le cru prolongé est un signal de restriction pour l’organisme, et que la sphère hormonale est la première à le payer. Une cure, oui. Un mode de vie permanent, non.

Les auteurs qui ont porté cette idée

Ils sont radicaux, tous les trois, et je ne les suis pas jusqu’au bout. Mais chacun apporte une pièce intéressante.

Arnold Ehret, dans les années 1920, développe le régime mucusless. Sa théorie, selon laquelle la plupart des maladies naîtraient de l’accumulation de mucus issu des aliments transformés, n’est pas très scientifique mais est suivie par pas mal de courants naturopathiques, ce qui me fait m’interroger à ce sujet. En revanche, son intuition de fond, celle d’un encrassement progressif du terrain et de la nécessité de phases d’allègement, reste étonnamment moderne. On la retrouve aujourd’hui sous d’autres mots : autophagie, repos digestif, charge inflammatoire, cure détox, ...

Gabriel Cousens, médecin américain, a formalisé l’alimentation vivante contemporaine dans Conscious Eating, avec un travail particulier sur le sucre et la glycémie. Il est excessif, souvent, et parfois plus influencé par les énergies que par les études scientifiques. Mais il a le mérite d’avoir posé une alimentation crue structurée, avec de vraies protéines végétales et des bons gras. Sa vision de l’alimentation selon la physique quantique a tout de même retenu mon attention. Je continue d’investiguer.

Irène Grosjean, figure du naturopathisme vitaliste français, a fait connaître les jus de légumes crus et l’alimentation vivante à des générations entières. Son approche est très clivante et je ne partage pas tout. Je retiens surtout une chose d’elle : l’idée que le corps sait faire, à condition qu’on cesse de le surcharger.

Ce que je fais de tout ça, c’est un usage court et saisonnier. Pas une doctrine.

À qui ça convient vraiment

C’est ici que ça devient intéressant. Le cru n’est pas bon ou mauvais. Il est adapté ou inadapté à un terrain.

Un mot sur le terrain, avant d’aller plus loin

Le terrain, du point de vue de l’Ayurveda et d’Hippocrates, c’est votre manière personnelle de fonctionner. Votre tendance de fond. Certaines personnes ont naturellement chaud, digèrent vite, s’enflamment facilement. D’autres ont naturellement froid, digèrent lentement, stagnent. D’autres encore sont irrégulières, sèches, rapides, avec un système nerveux qui s’emballe.

C’est ce qui explique que deux personnes puissent manger exactement la même chose et n’obtenir pas du tout le même résultat. Ce n’est pas l’aliment qui décide, c’est la rencontre entre l’aliment et le terrain.

Et les saisons agissent sur cette tendance comme un amplificateur, elles accentuent ce qui est déjà là. L’été ajoute de la chaleur et de la sécheresse : il soulage les terrains lourds et froids, et il exagère les terrains déjà chauds ou déjà secs. L’hiver fait l’inverse, il ajoute du froid et de la lourdeur.

D’où le principe le plus simple de toute la médecine traditionnelle : on ne cherche pas à suivre la saison, on cherche à compenser ce qu’elle ajoute.

Les profils qui en tirent le plus grand bénéfice, ce sont les terrains que l’Ayurveda appellerait kapha : la digestion lente et lourde, la sensation de stagnation, la rétention d’eau, les sinus encombrés, le réveil difficile, l’impression de traîner un corps un peu épais. Pour eux, le cru allège, draine, remet en mouvement. C’est presque spectaculaire.

Les profils pitta en profitent aussi, différemment. Feu digestif puissant, tendance à la chaleur, à l’inflammation, à l’irritabilité, aux remontées acides, peau réactive en été. Le cru les rafraîchit, littéralement. Ils le digèrent très bien, à condition d’éviter les crudités trop acides et trop épicées.

Les profils vata sont ceux à qui je le déconseille, ou que j’accompagne de très près. Vous les reconnaîtrez peut-être : constitution fine et allongée, mains et pieds froids même en été, digestion irrégulière, ballonnements rapides, anxiété, sommeil léger, tendance à sauter des repas sans s’en rendre compte. Le cru, chez eux, produit exactement l’inverse de ce qu’on cherche : plus de froid, plus de gaz, plus de fatigue nerveuse.

Et il y a les situations où le cru est franchement contre-indiqué, quelle que soit la saison :

  • une dysbiose de fermentation ou un SIBO en cours, parce que les fibres crues sont un carburant direct pour une flore problématique

  • une hyperperméabilité intestinale en phase aiguë

  • une thyroïde ralentie si trubles digestifs associés

  • un antécédent de troubles du comportement alimentaire, parce que le cadre du cru peut devenir un formidable alibi à la restriction

  • une grossesse ou un allaitement

  • toute période de grande fatigue, parce qu’une cure demande de l’énergie avant d’en rendre.

Vous voyez le problème. Ce ne sont pas des cas rares, ce sont des situations extrêmement fréquentes, et elles ne se devinent pas toujours à l’œil nu. Si vous souhaitez vous lancer mais que vous faites partie de ces cas, réglez d’abord le déséquilbre, et faites la cure de cru plus tard.

Je vous remets une petite photo de moi en entracte, parce que le texte est long cette fois 😄 voilà comment j’emporte mon chien de 13 ans en rando en montagne : elle monte facilement les 800m de D+ le matin, mais la redescente peu avant midi en plein soleil se fait comme ceci, ce qui fait sourire tout les gens qu’on croise !

Bon, reprenons là où nous en étions …

Comment je la conçois, concrètement

Une bonne cure de cru estivale, telle que je la construis, tient en quelques principes.

Elle est courte. Une à deux semaines suffisent, parfois moins. On cherche un effet de bascule, pas un nouveau mode de vie.

Elle est progressive. On n’entre pas dans le cru du jour au lendemain. On augmente la part crue sur quelques jours, le temps que la flore s’adapte, sinon vous passerez la première semaine ballonnée et vous en conclurez que ça ne vous convient pas.

Elle n’est jamais totale. Le cru le matin et le midi, quand l’agni est le plus haut, et le soir un repas cuit, tiède, digeste. C’est le compromis qui fonctionne chez presque tout le monde, et il évite l’écueil du refroidissement. Dans ce cas, même les VATA peuvent en profiter s’ils se sentent bien pendant la cure, et celle-ci peut être beaucoup plus longue. C’est ce choix que j’ai fait.

Elle contient de vraies protéines et de vrais gras. Graines germées, oléagineux trempés, avocat, olives, herbes fraîches en quantité. Sans ça, vous ne faites pas une cure, vous faites une restriction déguisée, et votre corps le comprendra très vite.

Et elle s’arrête avant l’automne. Dès que les matins fraîchissent, on remet du cuit, du tiède, du mijoté. Le corps redemande de la chaleur bien avant le calendrier.

Le menu est prêt, il vous attend

J’ai construit un menu complet de cure de cru pour cet été, et il est disponible dans mon application.

Vous y trouverez 5 jours complets de repas, avec les recettes, les proportions, la progression jour après jour, et même la liste de courses adaptable au nombre de personnes (la même fonction pour les recettes arrive bientôt !).

Le menu se trouve ici !

Petite précision pratique, parce qu’on me pose souvent la question. L’application s’appelle Leloup Nutrition, elle est disponible sur tous les stores, et elle fonctionne aussi directement depuis votre navigateur si vous préférez ne rien installer. Le menu, comme l’ensemble des contenus, est réservé aux abonnées de l’application. Si vous n’y êtes pas encore, le lien vous conduira vers l’inscription, et vous y accéderez immédiatement.

Et si, en lisant la liste des profils plus haut, vous vous êtes reconnue dans les terrains à qui je le déconseille, ne le faites pas. Écrivez-moi plutôt. Il y a toujours une version adaptée, et elle sera bien plus efficace que la version standard.

Bel été à vous, et profitez des tomates tant qu’elles ont du goût (donc sans les mettre au frigo!).

Julie 🍅