Ces dernières semaines au cabinet, j’ai vu défiler des profils très différents mais très souvent avec un point commun : un ventre qui souffre depuis longtemps, et des réponses qui n’ont jamais vraiment suffi.
On parle beaucoup de microbiote, de perméabilité intestinale, de candida etc sur les réseaux. Ces mots circulent partout, et pourtant, derrière eux, la réalité est bien plus complexe et bien plus nuancée que ce qu’on lit en général.
Ce que j’observe en consultation, c’est que la plupart des troubles digestifs chroniques ne viennent pas d’une seule cause. Ils sont le reflet d’un équilibre perturbé à plusieurs niveaux. Et souvent, le ventre n’est que le thermomètre d’un déséquilibre qui se joue ailleurs : système nerveux, thyroïde, intolérances, surcharge hépatique...
Aujourd’hui, je vous donne les clés pour commencer à comprendre ce qui se joue en vous.
À retenir avant de lire la suite : ces problèmes se combinent presque toujours. Rares sont les personnes qui n’ont qu’une seule forme de dysbiose. Et dans la grande majorité des cas, ces troubles sont des symptômes, pas des causes premières.
Les grands types de dysbioses et comment les reconnaître
1. Dysbiose de fermentation
Ce qui se passe : les bactéries fermentent les sucres et les fibres non digérés.
Signes clés : ballonnements importants surtout après les repas riches en glucides, gaz non-odorants, ventre qui gonfle en cours de journée, selles molles ou irrégulières.
Ce que ça pointe souvent : excès de sucres rapides dans l’alimentation, mais aussi dysfonction thyroïdienne ou stress chronique qui perturbe la digestion de ces sucres.
2. Dysbiose de putréfaction
Ce qui se passe : les bactéries putréfient les protéines non digérées dans le côlon.
Signes clés : gaz très malodorants (surtout en fin de journée), selles nauséabondes, sensation de lourdeur après les repas protéinés, mauvaise haleine persistante.
Ce que ça pointe souvent : insuffisance enzymatique ou hypochlorhydrie en amont (le problème commence souvent bien avant le côlon).
3. Dysbiose candidosique
Ce qui se passe : le candida albicans, champignon naturellement présent, prolifère de manière excessive.
Signes clés : envies de sucre incontrôlables, fatigue chronique, brouillard mental, mycoses récurrentes (vaginales, buccales, cutanées), sensibilité aux moisissures et aux levures alimentaires.
Ce que ça pointe souvent : antibiothérapies répétées, alimentation trop sucrée, immunité affaiblie, déséquilibre hormonal. Je le répète toujours en consultation : traiter orteils/ongles/vagin/bouche en local ne sert à rien tant qu’on ne traite pas le réservoir intestinal.
4. SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth)
Ce qui se passe : des bactéries colonisent l’intestin grêle, là où elles ne devraient pas être en si grand nombre.
Signes clés : ballonnements très rapides après les repas (moins d’une heure), douleurs abdominales hautes, diarrhée ou constipation alternantes, carences nutritionnelles malgré une bonne alimentation.
Ce que ça pointe souvent : motilité intestinale réduite (système nerveux, hypothyroïdie), hypochlorhydrie, valvule iléo-caecale défaillante.
5. SIFO (Small Intestinal Fungal Overgrowth)
Ce qui se passe : même principe que le SIBO, mais avec des champignons (souvent candida) dans l’intestin grêle.
Signes clés : très similaires au SIBO, avec en plus les signes candidosiques. Souvent diagnostiqué après un SIBO traité sans succès complet.
Ce que ça pointe souvent : idem SIBO + terrain immunodéprimé ou usage prolongé d’antifongiques ou antibiotiques.
6. Parasitoses
Ce qui se passe : présence de parasites (giardia, blastocystis, oxyures, etc.) dans le tube digestif.
Signes clés : diarrhées chroniques ou intermittentes, démangeaisons anales (surtout nocturnes), fatigue inexpliquée, douleurs abdominales sans cause claire, appétit variable.
Ce que ça pointe souvent : voyage, eau contaminée, contact avec des animaux, sushis et viandes crues, mais aussi un terrain affaibli qui ne se défend plus correctement.
7. Leaky Gut (Perméabilité intestinale augmentée)
Ce qui se passe : la paroi intestinale devient trop perméable, laissant passer des molécules qui ne devraient pas entrer dans la circulation sanguine.
Signes clés : réactions alimentaires multiples et changeantes, inflammations chroniques, douleurs articulaires, fatigue immunitaire, eczéma, manifestations auto-immunes.
Ce que ça pointe souvent : presque toujours conséquence d’une autre dysbiose, d’un stress chronique, d’une hypothyroïdie ou d’intolérances non détectées (gluten, lactose...).
8. Hyper/Hypochlorhydrie
Ce qui se passe : l’estomac produit trop ou pas assez d’acide chlorhydrique.
Signes clés :
Dans les deux cas, on peut avoir une sensation de reflux, brûlant. L’une par excès d’acide, l’autre par manque d’acide provoquant une maldigestion donnant des ballonnements qui entrainent une hyper-pression intra-abdominale avec compression de l’estomac → en position couchée, le “clapet” finit par lâcher et on sent le peu d’acide qu’on a dans l’estomac remonter dans l’oesophage. Malheureusement celui-ci n’est pas protégé contre la brûlure et les symptômes surviennent.
Hypochlorhydrie (trop peu d’acide) : lourdeur/douleurs après les repas, voire même après un verre d’eau, digestion lente, carences en B12/fer/zinc, reflux paradoxaux, putréfaction par maldigestion des protéines (qui nécessite un bon acide gastrique).
Hyperchlorhydrie (trop d’acide) : brûlures, reflux acides francs, douleurs à jeun soulagées en mangeant.
Ce que ça pointe souvent : stress chronique (le nerf vague régule la sécrétion acide), hypothyroïdie, carence en zinc (les 3 sont intimement liés), infection à H. pylori (relativement rare).
9. Insuffisance enzymatique
Ce qui se passe : le pancréas et/ou l’estomac ne produisent pas assez d’enzymes digestives, et/ou la vésicule biliaire ne déverse pas suffisamment de bile par repas.
Signes clés : aliments patiellement digérés dans les selles, graisses mal tolérées, selles grasses ou flottantes, ballonnements post-prandiaux, carences multiples malgré une alimentation/complémentation soignée.
Ce que ça pointe souvent : stress chronique, insuffisance pancréatique, hypothyroïdie, carences en cofacteurs (zinc, B6, magnésium).
10. Foie engorgé
Ce qui se passe : le foie, surchargé, ne filtre plus correctement et la bile devient insuffisante ou de mauvaise qualité.
Signes clés : nausées après les repas gras, teint terne, migraines du matin, selles décolorées ou claires, fatigue au réveil, sensibilité aux odeurs et à l’alcool.
Ce que ça pointe souvent : alimentation ultra-transformée, surcharge en médicaments ou alcool, déséquilibres hormonaux (les oestrogènes en excès surchargent le foie). Mais le plus souvent, c’est simplement à cause d’un intestin en dysbiose + porosité intestinale.
Petit guide pour vous repérer
Vous vous reconnaissez dans plusieurs descriptions ? C’est tout à fait normal. Voici les associations les plus fréquentes :
Hypochlorhydrie → putréfaction → leaky gut : cascade classique quand la digestion haute est défaillante. Cela finit souvent en allergies ou intolérances multiples.
Hypothyroïdie → SIBO + fermentation + foie engorgé : la thyroïde ralentit tout, y compris la motilité intestinale et la détox hépatique.
Stress chronique → hypochlorhydrie + insuffisance enzymatique + perméabilité : le nerf vague est la clé de voûte de toute la digestion.
Antibiothérapies répétées → candidose + SIFO + leaky gut : le microbiote appauvri ne se défend plus.
💡 La règle d’or : avant de traiter le ventre, cherchez ce qui perturbe le ventre. Un intestin qui souffre est rarement la cause première, c’est presque toujours un signal.
Et si vous voulez aller plus loin ?
Ce que je viens de vous décrire, c’est le territoire. Les podcasts de ce mois vont cartographier chaque zone en détail : protocoles, examens, pistes concrètes.
Mais si vous sentez que vous avez besoin d’un cadre pour avancer, pas juste d’informations, c’est exactement pour ça que j’ai créé le Parcours Holistique sur Skool. Ce parcours, c’est un chemin structuré, avec tout ce que j’ai construit en 15 années de consultations.
Vous le retrouvez sur mon espace communautaire Leloup Nutrition, ainsi que la bibliothèque complète de mes newsletters et podcasts.
📻 Dans les podcasts du mois
Chaque dysbiose fera l’objet d’un épisode dédié ce mois-ci, avec les protocoles, les examens utiles et les pistes concrètes pour chaque situation.
Si vous suivez cette newsletter, vous recevrez les podcasts directement de la même façon.
Vous retrouverez également une bibliothèque de toutes mes newsletters et de tous mes podcasts par ici :
dans mon app de recettes “Leloup Nutrition” disponible sur les stores
sur mon espace communautaire Skool “Leloup Nutrition” sur lequel se trouve le Parcours Holistique, qui est mon programme en ligne de santé globale
